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Contre l'esclavage : Un combat inachevé

"La lutte contre l'esclavage et contre toutes les formes de servitude ont pour point commun, du XVIe siècle à nos jours, un arsenal d'arguments souvent similaire d'une période à l'autre. Il repose sur le sentiment - plus ou moins clairement exprimé - de la nécessité du respect des droits de l'homme face à une scandaleuse soumission à des intérêts économiques. En ce début du XXIe siècle, la Conférence des Nations unies contre le racisme réunie à Durban en 2001 a reconnu "l'esclavage et la traite négrière" des XVIe-XIXe siècles comme "crime contre l'humanité"
Le silence se brise, également, au sujet des formes de servitude actuelles qui concernent un nombre d'adultes, et d'enfants exceptionnellement élevés, jusqu'alors inédit. Les deux phénomènes appellent toutefois une mise en perspective historique. L'esclavage contre lequel résistèrent ses victimes elles-mêmes, en Afrique et aux Amériques du XVIe au XIX e siècle, était un système complet massif et légal de deshumanisation, inscrit dans la longue durée. Les servitudes contemporaines, le travail forcé auquels sont aujourd'hui soumis 250 à 300 millions d'enfants et environ 20 millions d'adultes, sont des réalités sensiblement différentes, correspondant à des intérêts économiques qui défient jusqu'à présent tout interdit et toute résolution internationale."
(Luttes contre l'esclavage - UNESCO - 2004).
Le drame de l'Utile : comme un révélateur des pratiques de la traite négrière

En nous appuyant sur la terrible histoire de l'Utile, nous souhaitons illustrer ici les circonstances de la traite des esclaves, montrer qu'elle a aussi touché l'Océan Indien et concerne aussi bien les africains que les malgaches, les indiens et les polynésiens.
L'histoire de l'Utile commence en 1759 à Bayonne
La ville et le chantier naval de Bayonne

Le hasard a voulu que le peintre Joseph Vernet peigne ces
deux vues de Bayonne au moment même où l'Utile et l'Adour, quittaient leur port d'armement. Nous avons donc l'occasion de replacer dans leur cadre naturel les opérations dont les documents d'archives nous donnent le détail.

Pour réaliser son premier tableau le peintre a planté son chevalet à mi-pente au dessus des bassins où nos deux navires furent construits. Sur l'autre rive de l'Adour derrière le pont, à l'endoit même d'où est peint un an plus tard le second tableau, on distingue l'endroit où Etienne Miressou, l'un des constructeurs avait ses propres chantiers, près de l'Allée de Bouflers où il recevra un an plus tard en 1762, l'autorisation de construire une cayenne face au terrain qu'il avait acquis en 1739.

Les deux tableaux qui font partie d'une série consacrée aux ports français appartiennent au Musée National de la Marine

Les deux navires construits pour la Marine royale sont vendus en 1759 à la Compagnie des Indes qui les fera armer par leur correspondant à Bayonne, la maison de commerce Jean Joseph Laborde et Cie, dirigée par Jean Joseph Laborde futur banquier de la couronne et fermier général et François Nogué son beau frère.

Joseph Vernet (1760)
Vue de la ville de Bayonne,
prise du glacis de la citadelle

Joseph Vernet (1761)
Vue de la ville de Bayonne
Prise de l'Allée de Bouflers,
près de la porte de Mousserolle

Jean-Joseph Laborde : mécène et négrier
Originaire du Béarn , ce personnage hors du commun aura un destin fait d'ombres et de lumière. Il amassera l'une des fortunes les plus importantes du royaume comme négiociant et banquier de la Cour.
Au faît de sa réussite, il sera le mécène des peintres Hubert Robert, Joseph Vernet et Greuze, mais en même temps, il fera l'acquisition à Saint-Domingue de l'une des habitations sucreries les plus vastes. Il assurera même pour son propre compte et pour celui des autres colons, le "recrutement" des esclaves nécessaires. Les navires dont il est propriétaire réalisent entre 1766 et 1789, plus de 20 voyages de traite et transportent près de 9 000 esclaves.

Ce personnage est représentatif de son temps, dans la mesure où il se livre à la traite négrière avec une parfaite bonne conscience, allant même jusqu'à baptiser ses navires du nom de ses filles ou de ses amis

Pour en savoir plus sur Jean-Joseph Laborde, lire : François d'Ormesson,
Jean-Pierre Thomas, Jean-Joseph de Laborde, Banquier de Louis XV, mécène des Lumières, Paris, 2002.

Jean de La Fargue : Capitaine de brûlot
Nommé commandant de la flûte l'Utile, avec le grade de capitaine de brûlot, Jean de La Fargue y ouvre sa table le 9 avril 1760
Né le dimanche 30 septembre 1703 à Port-Louis (Morbihan), d'une famille originaire du diocèse de Bordeaux. Il a épousé à l'âge de 37 ans, Jeanne Suireau le lundi 31 juillet 1741 à Port-Louis (Morbihan),
Lorsqu'il entreprend d'acheter en fraude des captifs malgaches, il a déjà une grande expérience de la traite négrière. En témoignent ses deux premiers embarquementsau service de la Compagnie des Indes

1 - Il est premier enseigne faisant fonction de 2ème lieutenant sur l'Aurore, 200 tx, 55 h. d'équipage, capitaine J.F. Haumont, parti de Lorient le 10 juin 1740 pour un voyage de traite, au Sénégal du 10 juillet 1740 au 10 octobre 1740 avec à bord 300 noirs. A Petit Goave (Saint Domingue) du 23 novembre 1740 au 18 avril 1741 où sont débarqués 276 esclaves, puis Léogane du 19 avril 1741 au 28 mai 1741. Est de retour à Lorient le 8/7/1741. On a déploré 21 morts dans l'équipage, 24 parmi les esclaves.

2 – Second lieutenant sur la Vestale, 300 tx, 70 h. d'équipage, capitaine Michel Blain des Cormiers, allant au Sénégal, parti de Lorient le 01 octobre 1741 pour un voyage de traite au Sénégal (Gorée) et en Gambie du 26 octobre 1741 au 13 juin 1742 avec 400 noirs vers la Martinique du 5 juillet 1742 au 9 octobre 1472 (15 morts pendant la traversée et autant avant la vente – 6 morts dans l'équipage, et 10 déserteurs à la Martinique) il est de retour à Lorient le 6 décembre 1741. Outre 10 déserteurs à la Martinique, on déplore 6 morts dans l'équipage et 15 esclaves morts pendant la traversée et autant avant la vente.
Certificat de baptême de Jean de Lafargue
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